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Avis d'Anne-Michèle Hamesse - Écrivaine

La mine et la dune, Renaud Denuit, Éditions Academia-L'Harmattan, Louvain-la-Neuve, 2015.
C'est presque une saga et ça se passe en Belgique, vous commencez votre lecture sans y prendre garde et ça y est, le charme opère, la magie s'installe, les premières pages vous captivent, vous ne lâcherez plus le livre avant la fin, en la regrettant car vous auriez aimé que l'histoire continue, vous vous êtes attachés aux personnages, vous regrettez de les quitter.
Les personnages de papier imaginés par Renaud Denuit sont devenus des membres de votre famille, vous les avez toujours connus, Maurice en particulier vous émeut, l'injustice de ses parents qui lui ont toujours préféré son jeune frère, il ne s'en remettra jamais. Le lecteur non plus.
Je vous le dis, cette histoire ne vous lâche pas
Entre Binche, son carnaval, ses Gilles, et le vent de la mer du Nord qui souffle sur Coxyde, une belgitude se met en place, entre terrils et plages, entre mines et dunes, c'est ici tout notre paysage natal qui défile pour nous faire voyager à travers les paysages étonnants de la Belgique. Mais pas seulement, on ira aussi en France, particulièrement en Camargue, dont les chevaux vous emportent aussi, parfois vers la liberté.
On lit ce roman d'un trait tant il est captivant, on le relira ensuite plus à l'aise pour refaire ce voyage à travers un paysage qui nous ressemble, entre terrils et vent du large.
On s'attache à Maurice Wauters, englué dans ses tourmentes historiques et personnelles, à Charline, la femme lumière, la révélatrice.
Amédée le jeune frère détesté dont les embarras deviennent les nôtres, car rien dans ce livre n'est blanc ou noir.
Si ce n'est la mine et la dune.
Il y a aussi de la tragédie grecque dans ce déchirement d'une fratrie coincée dans le drame sans fin d'une impossible réconciliation.
Et puis une atmosphère à la Simenon dans ce constat romancé de quelques destinées, ainsi voyez Maurice dans un train :
"Dans l'immédiat, mieux valait se détendre, manger un sandwich et regarder par la fenêtre : après l'arrêt de Saint-Quentin, gare ostensiblement pauvre, les espaces s'élargissaient. D'immenses et généreuses campagnes lui ouvraient leurs bras, des campagnes comme on en trouve plus ni en Wallonie ni en Flandre (…) finalement le mouvement du train l'endormit."
L'esprit d'Emile Verhaeren erre aussi parfois parmi les oyats, on y entend le verbe de Brel, avec cette volonté de l'auteur ne pas faire de littérature, d'éviter de sophistiquer son propos, de le rendre vrai, implacable, de livrer ici sans ornements superflus le récit d'un destin, de plusieurs destins, entre amours, folklores, coïncidences, tous les ingrédients d'une solide histoire sont contenus dans ce livre, premier roman de Renaud Denuit qui démarre avec brio dans le genre.
De Binche à Coxyde en passant par la Camargue, le lecteur se voit emporté, à bout de souffle et sans répit, jusqu'au dénouement final forcément tragique et qui le laisse bouleversé.
Lisez et relisez ce beau roman, vous ne regretterez pas le trajet, filmé en noir et blanc, comme un voyage en famille, entre la mine et la dune.
Anne-Michèle Hamesse
Avril 2015
avril 2015

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